ARNAUD
POULAIN

ÉLU DE VERSAILLES — SECRÉTAIRE DÉPARTEMENTAL ADJOINT LR78

Education

3 chiffres qui doivent nous alerter sur l

L’école française traverse une crise dont chacun perçoit désormais la gravité, mais dont on refuse encore de tirer toutes les conséquences. Depuis des années, nous accumulons les réformes, les dispositifs, les expérimentations. Rien n’y fait. Les résultats continuent de se dégrader, et ce sont toujours les mêmes élèves qui en paient le prix.

La vérité est plus simple et plus exigeante à la fois : nous avons perdu de vue la raison d’être de l’école. À force de vouloir lui confier toutes les missions, nous avons oublié la seule qui compte vraiment. L’école n’est pas là pour réparer toutes les fractures de la société, ni pour suivre les évolutions idéologiques du moment. Elle est là pour transmettre.

Comme le rappelle François-Xavier Bellamy, l’école ne peut éduquer qu’en instruisant. Or c’est précisément cette mission que nous avons fragilisée. Nous avons progressivement renoncé à l’idée même de transmission, comme si enseigner un savoir relevait d’une forme d’autorité suspecte. Nous avons remplacé la clarté des connaissances par des compétences floues, l’exigence par le ressenti, le travail par l’activité. Et nous découvrons aujourd’hui le résultat de cette déconstruction.

Tout commence à l’école primaire. C’est là que tout se joue. Le niveau atteint à l’entrée au collège conditionne toute la trajectoire scolaire. Et pourtant, c’est précisément à ce moment décisif que nous avons relâché l’effort. Moins de temps consacré aux fondamentaux, moins d’exigence sur la maîtrise de la langue, moins de rigueur dans l’apprentissage du calcul.

Il faut avoir le courage de le dire clairement : si un enfant ne sait pas parfaitement lire, écrire et compter à la fin du primaire, l’école a déjà échoué pour lui. Tout le reste devient alors plus difficile, plus incertain, souvent inaccessible.

C’est pourquoi la priorité doit être absolue et sans ambiguïté. L’école primaire doit être entièrement réorganisée autour des savoirs fondamentaux. La lecture doit redevenir une conquête quotidienne. Le langage doit être travaillé avec précision. Les mathématiques doivent retrouver leur place centrale, non comme une matière parmi d’autres, mais comme un outil structurant de la pensée.

Cela suppose de rompre avec un certain nombre d’illusions qui ont progressivement affaibli notre système éducatif. L’idée selon laquelle l’élève construirait seul son savoir, sans transmission explicite, a conduit à une immense confusion. L’idée selon laquelle il faudrait en permanence adapter l’enseignement au ressenti de chacun a dilué les exigences communes. L’idée selon laquelle toutes les formes d’apprentissage se vaudraient a fini par dévaloriser les plus structurantes.

L’école repose sur une relation simple et exigeante : un professeur transmet, un élève reçoit, comprend, s’approprie. Cette relation suppose de l’autorité, non pas comme une contrainte arbitraire, mais comme la condition même de l’apprentissage. Sans cadre, sans exigence, sans discipline intellectuelle, il n’y a pas de transmission possible.

C’est aussi pourquoi il faut redonner toute sa place au travail et à l’effort. Apprendre demande du temps, de la répétition, de la mémoire. Il n’y a pas de raccourci. À force de vouloir rendre l’école toujours plus facile, on l’a rendue inefficace. Et ce sont encore une fois les élèves les plus fragiles qui en souffrent, car ils sont ceux qui ont le plus besoin d’une école claire, structurée, exigeante.

Dans le même temps, il est devenu urgent de libérer l’école d’un certain nombre de distractions qui entravent l’apprentissage. La place envahissante des écrans, en particulier, a profondément altéré la capacité d’attention des élèves. Là encore, les faits sont connus, mais les décisions tardent. Une école qui veut transmettre doit d’abord permettre de se concentrer.

Enfin, il faut rappeler que la crise de l’école n’est pas seulement une question éducative. Elle engage l’avenir même de notre pays. Une société qui ne transmet plus sa langue, sa culture, ses repères communs, se fragmente inévitablement. Une démocratie ne peut vivre que si les citoyens disposent des outils intellectuels nécessaires pour comprendre, juger, débattre.

C’est pourquoi l’enjeu dépasse largement le cadre scolaire. Il s’agit de savoir si nous voulons encore être une civilisation capable de se transmettre.

La réponse ne dépend pas d’une réforme de plus, mais d’un choix clair. Refuser les dérives idéologiques qui ont désorienté l’école. Assumer à nouveau l’exigence de la transmission. Redonner au primaire la place qu’il n’aurait jamais dû perdre. Et faire de la maîtrise de la lecture et des mathématiques la priorité absolue.