ARNAUD
POULAIN

SECRÉTAIRE DÉPARTEMENTAL ADJOINT — LES RÉPUBLICAINS DES YVELINES

Travailler plus doit rapporter plus

Travailler plus doit rapporter plus

Main gantée d’un ouvrier actionnant une roue de machine dans un atelier

Un pays ne redevient jamais compétitif à force de le décréter. Il le redevient quand chaque heure de travail cesse d’être une charge pour devenir un gain, à la fois pour celui qui la fournit et pour celui qui l’emploie. C’est tout le sens de la mesure que portent Les Républicains : transformer la durée légale du travail en un seuil « zéro cotisation », fixé à 1 623 heures par an.

Un retard chiffré, jamais corrigé

La dernière étude de Rexecode, publiée fin 2025, le confirme une fois de plus : les salariés à temps complet travaillent moins en France que dans la plupart des pays de l’Union européenne. Le taux d’emploi, lui, demeure inférieur à la moyenne européenne : 69 % contre 70,8 % pour l’Union et 77,5 % pour l’Allemagne. Ce n’est pas une opinion, c’est une mesure, répétée année après année.

Et pendant qu’on la constate, le cadre légal s’alourdit sans se corriger : un seuil fixé à trente-cinq heures, des majorations qui grimpent à vingt-cinq puis cinquante pour cent, un contingent annuel plafonné à deux cent vingt heures. Chaque règle, prise isolément, se défend. Ensemble, elles rendent l’heure supplémentaire coûteuse pour l’entreprise et dissuasive pour le salarié. Huit millions huit cent mille d’entre eux en accomplissent déjà ; le pays tout entier, lui, reste au seuil légal, non par choix, mais faute d’y trouver un intérêt suffisant. Ce n’est pas un problème de volonté : c’est un problème d’incitation.

Un seuil qui change de nature, pas seulement de chiffre

La proposition tient en une phrase : porter le seuil légal de 1 607 à 1 623 heures par an, deux jours de plus, et faire de cette nouvelle limite une frontière fiscale et sociale à part entière. En deçà, rien ne change : rémunération et cotisations demeurent celles du droit commun. Au-delà, la logique s’inverse : les cotisations patronales et salariales disparaissent presque entièrement, l’exonération d’impôt sur le revenu se maintient, et la majoration de salaire n’est plus fixée par la loi, mais négociée par accord collectif. L’heure travaillée au-delà du seuil n’est donc plus une contrainte tolérée ; elle devient un gain assumé.

Pour les salariés qui n’effectuent aujourd’hui aucune heure supplémentaire, le signal est net : travailler davantage rapportera davantage, sans les lourdeurs actuelles. Pour ceux qui en accomplissent déjà, la bascule est plus fine : leurs seize premières heures seront normalisées, pour une perte moyenne d’environ six euros par mois, que cinq heures travaillées en plus suffisent à compenser. Nulle obligation, au demeurant : une entreprise qui préfère conserver le régime actuel pourra en sortir par accord collectif. Ce n’est pas une bascule générale décrétée d’en haut ; c’est un cadre par défaut, plus favorable, dont personne n’est prisonnier.

Reste une question que la technique ne tranche pas : à qui revient, en dernier ressort, le pouvoir de fixer le prix du travail ? À la loi, uniforme et lointaine, ou à ceux qui, chaque jour, l’accomplissent et l’organisent ?

Un coût que l’on assume, un gain que l’on documente

On objectera, comme toujours, qu’il s’agit d’un nouveau cadeau aux entreprises, d’un nouveau trou dans les comptes sociaux. Regardons les chiffres en face plutôt que de les esquiver. Le coût budgétaire brut existe : environ 3,6 milliards d’euros par an, dus pour l’essentiel à la perte de cotisations patronales sur les heures supplémentaires déjà réalisées. Une partie se compense mécaniquement : les salariés qui n’effectuent aujourd’hui aucune heure supplémentaire généreraient à eux seuls environ 2,6 milliards de recettes sociales et fiscales en travaillant les seize heures nouvellement normalisées ; la fin de leur exonération fiscale en rapporterait 1,4 milliard ; les cotisations désormais dues sur ces heures, environ 1 milliard.

Reste l’effet le plus décisif. En abaissant le coût de l’heure supplémentaire pour l’employeur, on en accroît mécaniquement le recours. Sur la base d’une élasticité de référence de moins 0,3, documentée par la littérature internationale, l’effet attendu avoisine quinze heures de travail en plus par salarié chaque année, auxquelles s’ajoute le rachat de deux jours de congés par accord. Cent vingt-huit millions d’heures supplémentaires de plus à l’échelle du pays, un gain de production de 7,4 milliards d’euros, soit 0,26 point de produit intérieur brut : voilà ce qu’une mesure coûteuse à court terme peut rapporter à moyen terme, pour qui sait l’assumer au-delà d’un seul exercice budgétaire.

Une mesure qui ne prétend pas tout résoudre

Il serait malhonnête de la vendre comme plus qu’elle n’est. Elle profitera davantage aux entreprises qui n’utilisent pas encore les heures supplémentaires qu’à celles qui en font déjà un usage intensif. Son effet croît avec le niveau de salaire et reste plus modeste en bas de l’échelle des rémunérations, déjà couvertes par des exonérations existantes. Elle ne peut, à elle seule, baisser le coût du travail, augmenter le pouvoir d’achat et renflouer les caisses sociales : il faut choisir son objectif plutôt que le maquiller. Celui de cette mesure est de libérer l’activité, non de financer l’État. Ce choix se défend mieux qu’une promesse qui prétend tout tenir et ne tient rien.

Un levier reste sous-employé dans le débat : le rachat de jours de repos par l’employeur, généralisé à l’ensemble des entreprises, compte parmi les moyens les plus rapides d’accroître la durée annuelle de travail. On en parle trop peu. Il mériterait la même attention que le seuil « zéro cotisation » lui-même.

Un pays ne s’oblige pas à travailler : il en retrouve, ou il en perd, le goût, selon que l’effort y est ou non récompensé. Les Républicains portent cette conviction simple : que chaque heure travaillée redevienne un gain, et non une charge à peine tolérée. Reste à savoir qui, dans les années qui viennent, devra répondre d’avoir laissé le travail français coûter plus cher qu’il ne rapporte.

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